21 décembre 2025

Boissons en vogue chez les jeunes adultes : plongée dans les choix, les chiffres et les tendances

Changer de tempo : ce que disent les jeunes adultes avec leur verre

Entre la première pinte partagée sur un campus, l’art du cocktail improvisé en soirée et l’apparition de nouveaux spiritueux “artisans” sur Instagram, la consommation d’alcool chez les jeunes adultes français s’est considérablement transformée depuis vingt ans. Bière, cocktails et spiritueux s’arrachent la vedette, reléguant parfois vins et apéritifs traditionnels au second plan. Mais qu’est-ce qui motive ces évolutions de goût ? Et surtout, que révèlent les données récentes sur les véritables habitudes des 18-30 ans ?

Jeunes adultes et alcool : instantanés statistiques

Impossible de comprendre les préférences sans poser le décor en chiffres. Saint Graal des statistiques françaises sur le sujet : l’enquête ESCAPAD (OFDT, 2022), le Baromètre Santé publique France (2021) ou encore les rapports de l’Insee. Voilà de quoi nourrir la réflexion :

  • 86 % des 18-25 ans déclarent avoir consommé de l’alcool au moins une fois dans l’année (SantePubliqueFrance, 2021), mais seuls 31 % indiquent une consommation hebdomadaire.
  • Bière : boisson préférée des 18-24 ans, plus consommée que le vin dans cette tranche (OFDT, ESCAPAD 2022).
  • Vin : une chute de 50 % de la consommation par habitant entre 2000 et 2020 chez les moins de 30 ans (Insee, 2021).
  • Cocktails prêts à boire (RTD) : croissance annuelle de +8 % en volume de ventes depuis 2018 (IWSR, 2022).
  • Spiritueux : 39 % des 18-30 ans citent au moins un spiritueux (vodka en tête, puis whisky) comme boisson de soirée (Ipsos/ANPAA, 2023).

Petite vérité bonne à garder en mémoire : la majorité des jeunes adultes boivent moins fréquemment que leurs parents au même âge… mais avec une préférence marquée pour les occasions festives et les “nouveaux” formats de consommation.

Repère

  • Le “binge drinking” (boire beaucoup en peu de temps) concerne 31 % des 18-25 ans sur le mois écoulé (OFDT, 2022).

La bière, championne toute catégorie ?

Dans les festivals, sur les terrasses et lors des “apéros chill”, la bière s’impose nettement. Selon l’OFDT, elle représente, chez les jeunes adultes, 41 % des volumes consommés sur les six derniers mois, devant le vin (26 %) et les spiritueux purs (15 %). Un changement notoire par rapport à la génération précédente.

  • Facteurs prix : la bière reste la boisson alcoolisée la moins chère au litre, élément clé pour des budgets étudiants ou jeunes actifs (Insee, 2022).
  • Facilité d’accès : les bières sont vendues partout, de plus en plus en supérettes du centre-ville (25 % d’augmentation de points de vente en 10 ans selon Retail France 2022).
  • Image sociale : la bière bénéficie d’une image décontractée et moins “engageante” que les vins haut de gamme ou certains cocktails (voir étude Harris Interactive, 2023).

Encadré Chiffres-Clés

  • Parmi les buveurs occasionnels de 18-24 ans, 53 % choisissent la bière lors du premier verre de la soirée (Ipsos/ANPAA).
  • Le succès des microbrasseries artisanales : +76 % d’ouverture entre 2014 et 2021 (Brasseurs de France).

À noter : contrairement à une idée reçue, la bière ne supplante pas totalement le vin dans les milieux étudiants “BDE” ou grandes villes : Paris et Lyon restent des bastions mixtes où bière et vin se côtoient étroitement, tandis que Lille, Nantes et Rennes favorisent la mousse nettement.

Région Boisson préférée Part des 18-30 ans l’ayant citée en 2022 (%)
Île-de-France Bière 46
Bretagne Bière 55
Provence-Alpes-Côte d’Azur Cocktails 22
Occitanie Bière 48
Auvergne-Rhône-Alpes Cocktails 19

Cocktails, l’art de personnaliser la fête

L’essor des cocktails chez les jeunes adultes a de quoi surprendre. Autrefois réservés à des bars spécialisés ou à l’ambiance “Soirée Erasmus”, ils s’invitent désormais dans les soirées à domicile, dans les festivals, et même via les “kits à cocktails” commandés en ligne.

  • La part de jeunes adultes déclarant consommer au moins un cocktail par mois a doublé en 8 ans (de 18 % en 2014 à 37 % en 2022 – Statista/FranceAgriMer).
  • Mojito, Spritz et Gin tonic : trio de tête, loin devant margarita ou bloody mary (source : Sondage IFOP 2022).
  • Émergence des RTD (Ready-To-Drink) comme les hard seltzers ou cocktails en canette : +60 % de croissance de 2021 à 2023 sur le marché français (IRI Retail 2023).

Pourquoi ce succès ? Plusieurs pistes s’entrelacent :

  • Dimension ludique : la personnalisation (plus ou moins sucré, plus ou moins fort) séduit. TikTok regorge de “cocktail hacks”.
  • Esprit collectif : faire des cocktails ensemble devient un moment social aussi important que la dégustation elle-même.
  • Esthétique : les stories Instagram n’y sont pas pour rien : c’est “instagrammable”, coloré, et ça flatte l’œil.

Anecdote

En 2023, lors de la Fête de la Musique, il s’est vendu à Paris autant de Spritz (cocktail orange vif à base d’Apérol) que de pintes de blonde dans certains quartiers centraux (source : Syndicat des débits de boissons de Paris).

Spiritueux : de la vodka au rhum arrangé, nouvelles manières de consommer

Là où, auparavant, whisky et pastis étaient rois, le paysage des spiritueux est désormais marqué par l’irrésistible ascension de la vodka, mais aussi l’arrivée en force du gin, du rhum (notamment en “arrangé”), et d’un certain retour des liqueurs.

  • La vodka est le spiritueux pur le plus cité par les 18-25 ans, devant le whisky et le rhum (Baromètre Ifop/ANPAA 2023).
  • Consommation principalement “en shots” ou en base de cocktails simples (vodka-orange, rhum-cola, gin-tonic).
  • 41 % des fêtes étudiantes rapportent l’usage de shots de spiritueux forts durant la soirée (Enquête MILDECA 2021).

Le goût pour la nouveauté joue un rôle non négligeable : le marché français a vu naître une centaine de micro-distilleries entre 2018 et 2023, proposant des gins, vodkas et liqueurs ultra-locales ou parfumées (France Distilleries 2023).

Repères

  • La “mode” du rhum arrangé (macéré avec fruits, épices : ananas, vanille, gingembre) gagne du terrain surtout dans l’Ouest et le Sud.
  • Une consommation festive, pas quotidienne : seuls 5,4 % des 18-30 ans consomment un spiritueux pur au moins une fois par semaine (SantePubliqueFrance, 2021).

Mixité des pratiques et nouveaux territoires de modération

Si bière, cocktails et spiritueux sont à la fête, la singularité des années 2020 reste la co-existence des pratiques. “Dry January”, cocktails sans alcool et bières zero témoignent de l’émergence d’une nouvelle approche, parfois expérimentale, de la consommation d’alcool chez les jeunes adultes.

  • 17 % des 18-24 ans déclarent avoir déjà participé à un “mois sans alcool” (Baromètre Santé 2022).
  • Le marché des boissons sans alcool, y compris bières et cocktails “mocktails”, connaît une croissance à deux chiffres chez les moins de 30 ans (NielsenIQ, 2023).
  • “Alternance” plus répandue : lors d’une même soirée, enchaîner bière, soft et cocktail, afin d’éviter l’ivresse rapide (Enquête SPRINT-OFDT 2021).

Ce que l’évolution des préférences dit de la jeunesse française

Derrière la bataille entre mousse, cocktails et alcools forts, les jeunes adultes expriment des attentes nouvelles : flexibilité, recherche de sensations, besoin de contrôle et, parfois, curiosité culturelle. La consommation d’alcool s’affiche moins comme un rite obligé que comme une pratique située dans un contexte : boire pour le goût, pour la convivialité, pour explorer ou pour s’inscrire dans une culture commune.

Et si, au fond, ces mutations étaient le reflet d’une génération hésitant entre héritage et nouveauté ? Les données racontent en tout cas une histoire de diversité, d’expérimentation et de réinvention des traditions.

À lire aussi sur “L’Alcool en Question” :

  • “Pourquoi les jeunes boivent-ils moins souvent qu’avant, mais parfois plus intensément ?”
  • “Le boom des cocktails sans alcool : simple effet de mode ou tendance durable ?”
  • “Microbrasseries : la revanche de la bière artisanale chez les 18-35 ans”

L’Alcool en Question est une démarche indépendante, sans lien avec des institutions gouvernementales ou associatives, qui explore l’alcool sous tous les angles, sans parti pris ni stigmatisation. Les données présentées ici sont issues d’organismes de santé publique, de rapports statistiques nationaux et d’études scientifiques récentes (voir ressources : OFDT, Santé publique France, Insee, Harris Interactive, Statista, FranceAgriMer, IWSR, IRI, France Distilleries, IFOP, ANPAA, NielsenIQ).

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