1970, point de départ : une consommation invisibilisée et normée
Il est difficile aujourd’hui d’imaginer à quel point la consommation d’alcool féminine était autrefois taboue en France. Très présente dans l’espace privé ou lors des grandes occasions, la consommation des femmes restait, jusqu’aux années 1970, un phénomène massivement invisibilisé ou minoré dans les discours publics, comme dans les statistiques.
L’alcool, dans l’imaginaire collectif, restait une “affaire d’hommes”, surtout quand il s’agissait de boire à l’extérieur du foyer : bistrots, terrasses, stades. Les rares données disponibles indiquaient alors un écart de consommation abyssal entre les sexes. En 1978, une enquête INSEE montrait que seulement 36% des femmes déclaraient boire de l’alcool au moins une fois par semaine, contre près de 80% des hommes. Mais il est probable que ce chiffre était sous-estimé, nombre de femmes n’osant pas répondre franchement (Baromètre santé, Santé Publique France).
- Chiffre-clé (1978) : 36% des femmes consomment de l’alcool au moins une fois/semaine
- Pour les hommes, ce chiffre s’élève à 80%
- La bière et les alcools “forts” sont presque exclusivement masculins
- Le vin, parfois toléré chez les femmes, reste surtout consommé lors des repas familiaux
La stigmatisation sociale était telle que certains psychiatres, à l’époque, voyaient l’alcoolisme féminin comme un trouble moral ou psychologique “singulier” (cf. travaux de Claude Olievenstein, 1977). Le regard de la société pesait lourd : femmes qui boivent hors du foyer = suspicion ou marginalisation.
Mais les années 1970 amorcent une dynamique nouvelle.