Le vin quotidien, un héritage rural entré dans l’histoire
Pour comprendre l’ampleur du changement, il faut se souvenir que jusque dans les années 1970, il était courant de boire un verre de vin à chaque repas, parfois dès l’adolescence. Un repas « sans vin » pouvait sembler incomplet. Selon l’INED, le vin était intégré aux nourritures « de base » : sur les tables ouvrières comme dans les familles bourgeoises, on buvait du vin, modérément ou abondamment.
Dans les campagnes, jusqu’en 1960, les enfants eux-mêmes pouvaient recevoir une lichette de vin coupé d’eau (« la vinée ») lors des banquets. La bouteille traînait sur la table, sans que cela ait à voir avec la fête. L’alcool, à l’époque, se consommait aussi au café du village, pour « faire passer la soif » après le travail.
- En 1961, les Français consomment en moyenne 160 litres de vin par an et par adulte (INSEE). On est loin des réalités actuelles.
Changement de perception : le vin-aliment devient le vin-plaisir
La désaffection s’amorce dès les années 1970, portée par l’urbanisation et l’évolution des modes de vie. Le vin perd peu à peu son statut d’aliment : il quitte la table du repas quotidien pour devenir symbole de plaisir ponctuel, d’amateurisme éclairé ou de convivialité exceptionnelle.
Le changement est bien visible dans la restauration : selon une enquête du Crédoc (2022), seuls 7% des moins de 35 ans estiment « normal » de prendre du vin à midi dans une brasserie. On est loin du cliché gaulois.